Observateur attentif depuis mon incarcération en Mai 1999, j’ai longtemps espéré que l’ensemble des forces nationalistes prenne conscience de ses errements passés, de ses carences structurelles, de ses multiples contradictions qui, incontestablement, n’ont cessé de brouiller notre message.
Pour impulser une dynamique nouvelle et travailler, bien au-delà de l’union, à la reconstruction du mouvement national, il était indispensable de faire preuve de courage politique en procédant à une analyse critique et sans tabous de la situation interne au mouvement.
Devant la perte de confiance, l’aversion évidente de notre jeunesse à l’égard des structures existantes, il aurait été souhaitable de donner des signes forts de notre volonté de changement. Or, on a surtout veillé à préserver la représentativité des appareils dans le cadre d’une démarche électoraliste. Dans ces conditions, l’union ne pouvait, à elle seule, être un gage de réussite. Eviter le piège de la coalition de circonstance et , tel aurait du être le sens d’une démarche à entreprendre pour susciter l’adhésion du plus grand nombre.
Je fais aujourd’hui le difficile constat que les considérations politiciennes et personnelles ont pris le pas sur l’essentiel ? J’ai également le sentiment que la « thématique » du rapprochement des prisonniers reste le fond de commerce d’une union fragile au discours stéréotypé.
Il faut dire la vérité aux familles et cesser de les bercer d’illusions ; notre retour à Borgu ou à Aiacciu, dans l’éventualité de la construction d’un centre de détention, est plus qu’hypothétique voire impensable pour la plupart d’entre nous, notamment ceux condamnés a de lourdes peines.
C’est donc pour toutes ces raisons (et bien d’autres encore que je m’interdis d’évoquer ici) que j’ai décidé, sans aucune acrimonie envers les animateurs du CAR, de quitter la liste des prisonniers politiques corses.
Fort de ma probité, du soutien indéfectible de ma famille et de mes amis, je reste convaincu qu’une autre alternative est possible pour redonner du sens à notre combat. Il appartient à chacun de réfléchir en conscience. »